Un jour je reviendrai de Juan MARSÉ

Voilà un roman que j’ai pris le temps de lire comme on déguste un bon vin, à petites lampées. Quelques pages par jour, pour mieux l’apprécier. Mais peut-être mon rythme de lecture a-t-il simplement épousé celui auquel avance la narration : lentement, et le plus souvent empruntant des chemins de traverse. Comme si l’auteur se plaisait davantage en compagnie de ses personnages, à les regarder vivre plutôt qu’à tisser les liens de leur destinée, c’est-à-dire à faire progresser le récit vers son dénouement final.

Pourtant, ce que promettent les premières pages, c’est un roman d’actions : après treize ans de réclusion, Jan Julivert sort de prison. Dans son quartier c’est une légende, et tout le monde se persuade qu’il est revenu régler quelques comptes… C’est donc a priori par curiosité que le lecteur veut connaître la suite : Pourquoi Jan Julivert est-il « tombé » ? Que s’est-il passé à l’époque ? Quel genre de comptes vient-il régler ? Bref, que va-t-il se passer ? Or, le tour de force de Juan Marsé tient précisément à sa faculté de différer les réponses à ces questions sans que le lecteur s’en agace.

Tout se passe comme si, du roman d’action attendu, on passait insensiblement au roman de la méditation, sans jamais se sentir floué. Car très vite il s’avère que l’histoire, somme toute, n’est qu’un prétexte. Certes, inconsciemment, c’est le désir de connaître la suite qui motive l’attention tendue du lecteur. Le suspens est donc bien le principal ressort du roman. Mais le plaisir de lecture, lui, tient davantage à l’envie de savoir qui est réellement Jan Julivert ¬– et de découvrir ce qui le meut, non à travers ce qu’il fait, mais à travers la manière dont il agit.

Juan Marsé réussit à faire le portrait d’un homme que l’on sent prêt à tout, mais qui n’est jamais là où on l’attend, différant ainsi chaque fois, par d’imprévisibles réactions, le passage à l’acte attendu, au moment même où la situation devrait pourtant le déclencher. Personnage énigmatique et taiseux, ne laissant rien transparaître de ses émotions, il avance masqué, mû par une force, une volonté, une violence sourde souvent éprouvée par les autres mais toujours contenue. Comme si le temps jouait en sa faveur et que la vengeance était un plat qui se mange froid…

Un roman déstabilisant, donc, en ce sens que l’histoire se dérobe en permanence, mais fascinant pour sa capacité à retenir l’attention du lecteur – et à l’aiguiser – alors même qu’il semble ne rien se passer, puisque le suspens, finalement, repose exclusivement sur les projections du lecteur, qui ne peut s’empêcher de prêter à Jan Julivert des intentions que ce dernier passe son temps à tromper, suivant un plan secret qui échappe à tout le monde, jusqu’au dévoilement final, lui aussi imprévisible et inattendu, révélant enfin la vraie personnalité du personnage principal.

Un jour je reviendrai de Juan MARSÉ Points, 1998, 476 pages

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North and South – Elizabeth Gaskell

North and South est le deuxième livre de Gaskell que je lis et cette auteure me plait décidement beaucoup. Il n’y a pas une seule et même histoire dans ce livre mais plusieurs qui se mélangent et qui se croisent comme autant de fils pour tisser le portrait d’une réalité dépeinte de manière très réaliste. Mon seul regret c’est de ne pas avoir eu plus de détails sur la vie dans la manufacture et au moulin des ouvriers dont Margaret va partager les peines et les joies. Je m’attendais à quelque chose de plus émile-zolien je crois. D’un autre côté, Gaskell n’était pas une Zola anglaise et même si elle s’y est intéressée, elle ne militait pas pour la cause ouvrière. Ceci explique peut-être cela.

Les personnages évoluent dans des mondes différents qui doivent apprendre à cohabiter dans une société en pleine mutation, c’est l’Angleterre de la révolution industrielle qui est d’ailleurs, pour moi, le personnage principal de ce livre. L’incompréhension et l’appréhension entre Margaret et Thornton est le reflet de l’incompréhension et de l’appréhension entre Thornton et ses ouvriers, entre deux classes sociales qui sont incapables de se parler tant les préjugés et les rancoeurs pèsent.North and South est un très bon roman. Il parle de la condition humaine à une époque et en un lieu donnés avec son lot de personnages et d’événements, tristes, heureux, tragiques qui participent de ce qu’on appelle communément la vie.

 

Le Fantôme de l’Opéra, Gaston Leroux

Un petit moment déjà, que je voulais lire cet ouvrage. Lassée et à la fois émerveillée par les adaptations cinématographiques, j’étais curieuse d’aller au cœur de l’action. N’en pouvant plus des Christine cruches, des Raouls virevoltant et des fantômes pauvres laissés à l’abandon, un dernier visionnage du film de Joel Schumacher m’a convaincu de me lancer. Car après tout, combien de filles ne se sont-elles pas dit: « mais pourquoi ne reste -t-elle pas avec lui? Ok, il est légèrement pervers et possessif mais ça se soigne XD ». Et bien mesdemoiselles, nous avons la réponse avec le roman. Parce que dans la version original, monsieur le Fantôme est fou à lié.

Tout d’abord, la lecture s’annonçait longue, très longue. C’est à dire que cela faisait un moment que je n’avais pas lu alors recommencer par ça n’était peut-être pas une très bonne idée. Lassé de ma lecture lente, il a fallut qui plus est attendre un tiers de l’ouvrage pour qu’il se passe réellement quelque chose. Oh bien sur, il y a des meurtres, des intrigues mais surtout des rats qui gloussent (pas nos amis les rongeurs mais les petites à tutu), des matrones idiotes, un Raoul « aussi pure qu’une vierge » (si si je cite) et une Christine qui s’évanouit pour cause de succès trop important. Et monsieur le fantôme dans tout ça ? Pas là, mais ici. Pas tout à fait ici mais plutôt là-bas, bref insaisissable.

Heureusement, il s’avère que l’amour entre les deux tourtereaux provoque des problèmes bien plus importants que dans les versions cinématographiques. On se rend alors compte que le Fantôme est cultivé, génial, dure, sensible, partout, jamais là, riche, pauvre, cruel, délicat mais surtout, obsédé au point de tuer. Et quelle façon de tuer! Des manières assez glauques et dignes d’un assassin professionnel. Christine apparait alors comme une victime pas si soumise que ça. Elle joue des sentiments du fantôme pour s’en sortir. Elle joue d’ailleurs très bien si ce n’est que Raoul fiche tout en l’air à chaque fois (à se demander comment on peut tomber amoureuse d’un type pareil). Et c’est lors de l’affrontement final que le fantôme dévoile tout son mal et toute sa folie. Une folie plutôt explosive.

En d’autres termes, le Fantôme de l’Opéra est bien moins alléchant physiquement que dans le film (je ne vous le décrirais pas car sinon je spoilerais aller quoi… 200 pages ). Il est aussi dix fois plus dangereux. Mais c’est aussi ça qui fait qu’on en tombe littéralement amoureux. Ce monstre est si habile qu’il en fascine. De plus, Gaston Leroux, mène une enquête et le récit se part de différents témoignages ce qui donne à l’histoire un statut assez réaliste et enivrant (lorsque celle-ci se décide enfin à démarrer).

New Moon – Stephenie Meyer

Quel régal que ce livre.
Je ne sais pas ce qui est le plus réaliste ridicule. D’un côté on a une adolescente d’à peine 18 ans (si, à cet âge-là, surtout quand on est encore une pitite lycéenne qui fait ses devoirs, on est une adolescente, une teenager) qui vient de se faire plaquer après six mois de « relation » (j’écris relation entre guillemets car la pauvrette tremble de partout et manque de s’évanouir à chaque fois qu’Edward l’embrasse, c’est dire s’ils ont dû se sucer la glotte pour qu’au bout de six mois il lui fasse toujours cet effet-là… Pour son anniversaire, elle a droit à un baiser. Ouh putain, torride le copain.) et donc, cette rupture, elle ne s’en remet pas, mais alors pas du tout (la fin du monde à côté, c’est Disneyland sous Prozac)
D’un autre côté on a le fait que l’auteure réussisse à tenir près de 400 pages avec ce vide là. Les 200 et quelques qui suivent, il se passe plein de rebondissemnts de ouf guedins qu’on voit venir, bien sûr, mais il faut bien qu’il se passe des trucs au bout d’un moment sinon à Hollywood, ils peuvent pas faire un film (en fait si, mais c’est une autre histoire)

Bella est abandonnée et reste anéantie par le choc du départ d’Edward. Entre deux crises de larmes, entre deux cauchemars (oui parce que Bella fait des cauchemars, et puis ils changent selon les événements de la journée et puis elle s’en souvient toujours, et ils comportent des messages pas du tout cachés tellement c’est évident, Freud peut aller se rhabiller ce gros pervers) qui la font se réveiller en hurlant, oui oui en hurlant et en enfouissant sa tête dans l’oreiller pour atténuer le son.

Amis du mélodrame, bonsoir.

Avis sur le livre : L’Emergence de la Femme Divine de Raylene Abbott

C’est un livre sur les relations sacrées et la guérison. L’auteure est formée aux techniques mystiques d’Asie orientale et de l’Occident depuis plus de 30 ans. Un peu à la manière de l’ouvrage Hermes dévoilé de Cyliani .  Elle travaille par ailleurs avec des groupes de femmes au sein desquels elle enseigne des méditations sur la guérison de l’utérus depuis plus de 15 ans.

Désormais, elle enseigne au Japon et en France chaque année avec son compagnon, Andreas

 

 

Le Dehors ou la migration des truites Arno Bertina

Pour les truites, migrer, c’est devenir adulte, apte à la reproduction. C’est quitter le dedans de l’enfance pour le dehors du monde ; partir du lieu originel pour un ailleurs inconnu. Kateb, kabyle, a quitté l’Algérie en guerre pour suivre sa femme française. Malo, médecin français, a lui aussi quitté l’Algérie, contraint à fuir avec sa femme, algérienne. Ils verront, chacun à leur manière, leur vie bouleversée par les années soixante, de la sanglante répression policière d’une manifestation d’octobre 1961 aux barricades de mai 68. Folie pour certains, mort pour d’autres, solitude et incompréhension pour tous. Et cette souffrance des exilés face à la violence du dehors.

Le Dehors ou la migration des truites est le premier roman d’Arno Bertina. On y trouve déjà cette volonté de comprendre son époque en explorant les origines, et cette fascination du mouvement, sous toutes ses formes : voyage, déplacements, migration, exil. C’est surtout le travail d’une syntaxe qui épouse les pensées des uns et des autres, et les entremêle en un mouvement envoûtant, presque hypnotique. Arno Bertina tente ainsi de saisir de l’intérieur comment le politique (dé)construit l’individu, ce qu’il ne cessera de faire dans les romans qui suivront.

Mais revenons à nos truites : le plus grand danger qui les guette, et qui peut menacer toute l’espèce, ce sont les barrages. Ils empêchent les migrations, les déplacements des populations. Incapables de se reproduire, les truites sont alors contraintes à l’enfermement, en un dedans stérile à l’avenir interdit. Et pour seul horizon, leur inéluctable condamnation…

Le Dehors ou la migration des truites Arno Bertina éditons Actes Sud, 2001 / collection Babel 2003, 218 pages.

La trilogie du Bronx de Will Eisner

Lorsque Will Eisner, l’un des plus grands dessinateurs de comics américain, publie Un pacte avec Dieu en 1978, il invente un genre intermédiaire entre la bande dessinée et le roman, le Graphic Novel, ou roman graphique, et va montrer en quelques dizaines de pages les potentialités extraordinaires de ce média populaire. Cet opus constituera en outre le premier tome de La trilogie du Bronx et sera suivi de Jacob le cafard et de Dropsie Avenue, biographie d’une rue du Bronx.

  A travers ces trois Graphic Novels, Will Eisner nous propose une histoire de New York et, de fait, de l’Amérique, lieux fantasmatiques construits par les vagues d’immigrations successives (hollandaises, anglaises, européennes, sud américaines, etc.) et malgré les problèmes qui peuvent se poser entre des communautés ainsi contraintes de vivre côte à côte et qui tentent tant bien que mal de cohabiter. Le dessinateur, qui s’inspire visiblement de souvenirs d’enfance et d’adolescence, apparaît de temps à autre sous les traits de Willy, et les anecdotes qui s’enchaînent semblent toutes plus vraies que nature.

Will Eisner, surtout, n’oublie ni la grande histoire – notamment la crise de 1929 et la montée du nazisme vue d’outre atlantique – ni la politique – et les ravages que peuvent causer la corruption et le consumérisme.  Et si l’enchaînement des dessins est d’une remarquable fluidité, c’est sans doute parce qu’il n’est que rarement fait mention de dates, mais que les repères historiques sont subtilement disséminés ; la narration acquiert de la sorte un grand dynamisme, et la lecture est particulièrement excitante. Et puis, avouons-le : une bande dessinée dont le personnage principal est rien moins qu’une rue ne peut qu’être indispensable…

La trilogie du Bronx de Will Eisner éditions Delcourt, trois volumes :

 Un Pacte avec Dieu, 186 pages

 Jacob le cafard, 144 pages

 Dropsie Avenue, Biographie d’une rue du Bronx, 176 pages

Zazie dans le métro

Synopsis : La Grande Guerre a anéanti une génération tout entière, fauchée à la fleur de l’âge… Dans le cas de Freddie Watson, un jeune Anglais du Sussex, elle lui a pris son frère bien-aimé et, ce faisant, lui a volé la paix de l’esprit. Hanté par cette disparition, il erre sans savoir comment échapper à cette douleur qui le paralyse. Durant l’hiver 1928, Freddie voyage dans le sud-ouest de la France, une autre région qui a vu couler trop de sang au cours des siècles, quand sa voiture quitte la route. Encore sous le choc, il s’enfonce en chancelant dans les bois et trouve refuge dans un village isolé. Là, lors d’une étrange soirée, il rencontre Fabrissa, une belle jeune femme qui pleure elle aussi une génération perdue. Au cours d’une seule et même nuit, Fabrissa et Freddie se confient mutuellement leur histoire. Le lendemain, Freddie se retrouvera devant un mystère déchirant dont lui seul détient la clé.

Les phrases me sont apparues simples, fluides, courtes et étonnamment agréables à lire. Le style rapide m’a donné l’impression d’un rythme toujours présent, parfois haletant mais jamais oppressant. Je me suis sentie entraînée avec le personnage principal, Freddie, dans une Ariège hivernale, belle et mystérieuse, parfois ténébreuse. Je n’ai donc jamais eu l’impression de latences, même dans les descriptions (qui sont par définition comme un arrêt sur image, passives) qui se révèlent vivantes et impénétrables, notamment en ce qui concerne le village fictif de Néans.Ce petit village est d’ailleurs étonnamment captivant et mystérieux, il reflète parfaitement ses habitants, tout aussi captivants, tout aussi mystérieux. Ce petit monde, perdu dans les Pyrénées et empli de secret ne m’a pourtant jamais donnée de frissons. Au contraire j’ai ressenti une énorme tendresse et affection ainsi qu’un intérêt toujours grandissant pour ces habitants et leur village, dès les premiers instants.

J’ai vraiment passé un agréable moment en compagnie de ce roman. Je dois d’ailleurs ajouter que j’ai été ravie d’y trouver des illustrations en noir et blanc dispersées au fil des pages. Elles participent grandement à l’atmosphère de l’histoire et elles m’ont rappelée cette joie que me procuraient les livres pour jeunesse que je lisais petite, toujours parsemés d’illustrations. Elles ont également réveillé ma passion pour le dessin et la peinture au sein de cette autre passion que j’ai pour la lecture.

C’est donc un livre que je recommande, une histoire bien menée, simple, belle et émouvante, au sein d’une région peu connue sous cet angle et teintée de l’histoire bien réelle des derniers cathares…

Zazie dans le métro, JC Lattès / Paru en: 2010 / Pages: 264

La saga Vorkosigan, Tome 1 : Cordelia Vorkosigan

Même si je n’ai plus le temps d’être assidue dans la parution de mes chroniques, je tiens à vous présenter mon entrée dans la saga Vorkosigan avec ce coup de coeur pour le premier tome: Cordelia Vorkosigan.

La guerre… Stupide, inévitable.Mauvais endroit, mauvais moment, mauvaise cause. Même l’uniforme n’est pas le bon : Cordelia Naismith, des forces expéditionnaires de Beta, se retrouve en pleine bataille interplanétaire, alors qu’elle a toujours sur le dos sa vieille combinaison d’astronaute. Et voici qu’elle est tombée entre les mains des Barrayarans. Qui plus est, entre celles de son pire ennemi, lord Vorkosigan, alias le « boucher de Komarr ». Cet homme, elle devrait le hair ; pourtant, elle est troublée. Que va-t-il faire ? La tuer ? Non. Alors que le conflit fait rage, il lui propose… le mariage ! De ces deux êtres que tout oppose dépend l’avenir de deux peuples. Et de l’univers. Mais quel est le vrai moteur du monde ? L’amour, ou la guerre ?

J’ai emprunté sur l’étagère « Science-Fiction » du chéri ce premier tome pour combler un trajet en train de quelques heures. J’avais entendu parler au préalable de cette saga, toujours de manière élogieuse, et j’étais curieuse de voir par moi même ce qu’il en retournait. Et bien je n’ai pas été déçue! Aussitôt commencé, aussitôt transportée! Je n’ai pas lâché ce tome, ou presque! Dès qu’un peu de temps me permettait de lire, je dévorais les pages les unes après les autres, je me suis même mise à grignoter un peu plus de temps chaque soir pour pouvoir lire toujours un peu plus des aventures du Capitaine Cordelia Naismisth et du Général Aral Vorkosigan !

Tout fonctionne dans ce roman: pas de temps morts, beaucoup de surprises, de péripéties, de retournements de situation inattendus, des personnages principaux développés et attachants… de quoi tenir en haleine la lectrice que je suis jusqu’à la dernière page! Vous l’aurez compris, il s’agit pour moi d’un vrai coup de coeur et j’ai hâte de pouvoir emprunter les prochains tomes !

 La saga Vorkosigan, Tome 1 : Cordelia Vorkosigan, Editions J’ai lu (S-F) | 1994 | Lois McMaster Bujold

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